J’ai longtemps conseillé le livre de Julia Cameron car j’ai moi-même suivi la méthode il y a quelques années et qu’il m’avait aidé à avancer dans mes réflexions professionnelles et créatives. Mais après plusieurs années à « faire mes pages du matin », j’ai arrêté. Pourquoi ? C’est ce que je t’explique dans cet article. Un tableau honnête de ce que j’ai aimé, mais aussi des limites de cette méthode, et de ce qui m’a menée vers le journal créatif !
La rumination
Au bout d’un moment, j’en ai eu marre d’écrire toujours la même chose. J’écrivais, j’écrivais, et les mêmes préoccupations revenaient. J’avais deux objectifs avec ces pages : repenser ma vie professionnelle et remettre ma créativité au centre. Pour le premier objectif, les pages m’ont sans doute aidée, mais en parallèle j’étais accompagnée dans le cadre d’autres dispositifs, et finalement les circonstances ont fait que cela n’a pas complètement abouti. Pour ce qui est de la créativité : je n’ai pas plus dessiné, je n’ai pas réussi à retrouver véritablement ma voie artistique. Et je crois qu’à ce moment-là, c’est car je manquais du bon outil et du bon accompagnement.
Les vraies limites de la méthode
Se vider la tête, c’est bien — mais ce n’est pas suffisant
La logique des pages du matin : évacuer ce qui encombre pour retrouver de l’espace créatif. C’est une belle idée. Mais la créativité ne demande pas seulement à être dépolluée, elle demande aussi à être nourrie. Le rendez-vous avec l’artiste est là pour ça, mais seule, je dois avouer que plus d’une fois je l’ai un peu zappé, ou fait un peu par-dessus la jambe. Ce n’était pas non plus suffisant.
Ce que j’ai trouvé à la place : le journal créatif
À force de chercher à me reconnecter à ma créativité et à essayer plein de choses différentes, j’ai découvert le journal créatif ! Grâce à une camarade de formation en créativité, justement, qui m’en a parlé. Le nom “journal créatif” m’a tout de suite interpellée, le soir même j’achetais en ligne le livre d’Anne-Marie Jobin. J’ai adoré cette méthode et je me suis dit que j’aurais aimé la découvrir plus tôt.
Écrire en couleur — le premier pas
Au départ, je n’ai pas tout changé, mon premier pas a été de passer du stylo bleu aux feutres colorés. Ce n’est pas grand-chose à première vue, mais rien qu’avec un peu de couleur, on a envie de relire les pages. Elles deviennent plus vivantes !
Amener ton propre médium
Mais ce qui m’a le plus parlé, c’est ce mix de dessin, collage, peinture. On peut véritablement faire entrer plein de choses dans son journal créatif : photographie, textile, éléments naturels. C’est ce mélange texte + image + matière qui crée des connexions que l’écriture seule ne fait pas.
Une invitation, pas une injonction
Ce que j’aime aussi, et qui est très différent de la méthode de Julia Cameron : c’est qu’on peut faire son journal quand on veut, il n’y a ni horaire fixe, ni nombre de pages imposé. C’est une pratique qui s’adapte à toi, pas l’inverse. Et on arrive, comme dans les 3 pages du matin, à vider la tête quand c’est de ça qu’on a besoin, mais aussi à se projeter et à être déjà créatif. C’est ça, pour moi, le journal créatif.
Les 3 pages du matin, c’est quoi exactement ?
On ne présente plus Julia Cameron, mais si tu n’as jamais entendu parler d’elle : c’est vraiment la papesse de la créativité, avec son livre best-seller Libérez votre créativité. Les pages du matin sont un des éléments de sa méthode, qui consiste en un programme de 12 semaines : des lectures et conseils de Julia Cameron, des exercices, dont 2 récurrents : les 3 pages du matin et le rendez-vous avec l’artiste. Au départ, c’est une méthode d’accompagnement qu’elle proposait comme une coach. Ça, on l’oublie souvent, et ça fait une vraie différence entre un accompagnement par un(e) coach et une méthode qu’on suit de façon autonome.
Mon expérience honnête
L’injonction du matin
Le principe des pages du matin, c’est de mettre son réveil un quart d’heure plus tôt et de commencer par écrire ses 3 pages, d’une traite et sans réfléchir. Personnellement, je ne me suis jamais levée plus tôt pour les faire. En vrai, qui a envie de se lever plus tôt ? Et même, ce n’était pas la première chose que je faisais le matin ! Le matin, je commence par une douche et un petit déjeuner ! Je les faisais, mais à mon bureau, quand je commençais ma journée. Est-ce que cette entorse à la règle est un problème ? Je ne crois pas, mais je n’aurai jamais la réponse 😉
Un format monotone d’écriture
Des pages et des pages de texte noir sur blanc, c’est monotone. Et pour moi, un élément important est de pouvoir combiner un format qui permet de se vider la tête et d’être aussi dans une forme de créativité, ce que les pages du matin ne permettent pas. Aujourd’hui, quand je les rouvre, je trouve ça barbant. On dit “ne pas relire au début” — mais si tu ne relis jamais ton journal, à quoi bon ? Tout cela, ce n’est pas une critique de l’écriture, mais je pense que ce format ne convient pas à tout le monde. Personnellement, je pense que je suis plus “visuelle”, j’ai besoin d’accroches colorées, d’images. J’ai d’ailleurs une amie qui avait transformé l’exercice pour l’adapter à sa pratique : elle faisait trois dessins le matin.
Les injonctions peuvent freiner la créativité
Tout ça pour dire qu’un des éléments qui m’a sans doute bloquée, ce sont les injonctions : 3 pages, se lever plus tôt, rdv avec l’artiste obligatoire… La créativité a clairement besoin de cadre, parfois et selon les moments, mais elle a aussi besoin qu’on lui lâche la bride. Avec mon côté bonne élève, je me suis lancée à fond dans le programme, je m’obligeais à tout faire, mais à la fin, je dirais que cela m’a bridée et que sans la béquille du livre, je n’ai pas trouvé comment faire seule.
Le cadre, oui. L’obligation, parfois non. Il n’y a pas une méthode, il y en a des dizaines. Si les contraintes peuvent stimuler, les injonctions trop rigides peuvent bloquer.
Et si on transformait ces pages ? L’exercice de l’alchimiste
Tes pages du matin ne sont pas perdues. Il y a un exercice du journal créatif — l’exercice de l’alchimiste d’Anne-Marie Jobin — qui permet de leur donner une deuxième vie.
Comment ça marche
Relire ses pages, les déchirer, les coller dans son journal comme ça vient. Recouvrir de gesso. Puis de peinture acrylique. Puis écriture et/ou collage. Ce qui était gris et répétitif devient matière.
Mon conseil si tu veux te lancer
Pioche parmi ce que propose Julia Cameron, mixe à ta sauce, essaie autre chose. L’essentiel : laisse-toi suffisamment de liberté pour trouver ce qui te convient vraiment. Je te propose le journal créatif, mais peut-être que cela sera autre chose pour toi, même si, vraiment, je n’ai pas encore trouvé mieux !